Restructuration d’Air Madagascar : la justice donne 2 mois aux créanciers pour se déclarer

Le gouvernement malgache, réuni en conseil des ministres le 13 octobre dernier,  avait approuvé la demande d’Air Madagascar requérant une mise sous protection de la loi sur les faillites. Ce mécanisme, l'équivalent du fameux chapitre 11 américain, attendait depuis lors le feu vert d'un tribunal pour sa mise en œuvre et la nomination des administrateurs.

Les créanciers d’Air Madagascar ont un délai de deux mois pour déclarer leurs dues. Ainsi en a  décidé le tribunal de commerce d’Antananarivo, qui vient de  donner  son ok à la demande formulée par la compagnie nationale malgache pour sa mise sous la protection de la loi sur les faillites, étape primordiale à son redressement  judiciaire.

Réunie le jeudi 18 novembre, l’instance judiciaire a constaté que la cessation de paiement d’Air Madagascar est fixée le 19 octobre 2021, et celle de sa filiale, Tsaradia, à cinq jours plus tôt, soit la date à laquelle la procédure d’apurement des passifs de cette dernière a été déposée.

A la suite de ces constatations, la cour  a par ailleurs invité les salariés à nommer leurs représentants, dans le cadre du règlement de leurs droits. Dans la foulée, le tribunal a nommé Rivo Razafindrakoto comme juge commissaire, et a désigné Hasina Ramanandriana et Hervé Randriamananandro comme syndics.  Avec cette décision de justice, le porte étendard malgache est désormais protégé contre ses créanciers, et une éventuelle une mise en faillite pendant qu'elle cherchera à se restructurer, sans doute au prix de suppressions massives d'emplois.

A ce jour, les pertes cumulées d'Air Madagascar avoisinent les 80 millions de dollars pour une dette totale de 72 millions de dollars. Le gouvernement malgache indique que « la majorité de ces dettes date de la cogestion de la compagnie Air Madagascar avec Air Austral », évoquant notamment « location d'avions ATR à un prix exorbitant, qui représente le double du prix normal, auprès de la compagnie Air Austral ». 

Ce doigt accusateur et vindicatif contraste pourtant avec la position du transporteur réunionnais qui, au terme de la rupture de la collaboration de 3 ans, affirmait avoir laissé une compagnie « réorganisée, au produit modernisé et aux capacités de vol rétablies ». Laquelle « peut désormais, grâce à des financements nouveaux, se projeter à l'international et capitaliser sur un réseau domestique maillé et plus performant ». En fin 2017, Air Madagascar signait un partenariat stratégique avec Air Austral autour d’un ambitieux plan de développement. En juillet 2020, le mariage s’est non seulement brusquement interrompu mais depuis lors l’Etat a peiné à reprendre en main le destin tant voulu de son fleuron national.

Evidemment, le gouvernement malgache ne se dédouane pas totalement du bilan d'Air Madagascar. Il se reconnait d'ailleurs en tout point dans les conclusions de l'audit confié au cabinet BearingPoint. En effet, ledit audit a fait étalage de faits de corruption, de mauvaise gestion, de gabegie financière et d'absence de contrôle rigoureux pendant plusieurs années. « Les charges fixes ont également continué d'augmenter, notamment le nombre d'employés qui dépasse largement les besoins réels de l'entreprise », reconnait-il.
 
Pendant la phase de restructuration, l'Etat malgache (actionnaire unique) promet de remettre sur la table des négociations tous les contrats. Mais surtout sortir du redressement avec une compagnie aérienne assainie qui « place l'excellence dans ses opérations, assure la fiabilité, la régularité ainsi que la ponctualité dans ses offres ». Depuis la reprise des vols internationaux le 6 novembre dernier, Air Madagascar a renoué avec sa desserte de Paris. La route est opérée avec un Dreamliner 788 affrété chez Air Europa.

Romuald Ngueyap

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