Air Namibia : le conseil d’administration démissionne sur fond de conflit ouvert avec le gouvernement

Déjà mise en mal par ses difficultés financières et opérationnelles, Air Namibia plonge maintenant dans l’instabilité managériale. Le 3 février 2021, le conseil d’administration de la compagnie nationale namibienne a rendu son tablier, accusant l’Etat – actionnaire unique – d’ingérence intempestive. 

Dans la lettre de démission remise au ministre des Entreprises publiques, Leon Jooste, les quatre membres du conseil d’administration – Escher Luanda, Willy Mertens,  Heritha Nankole, Alois Garai Nyandoro – ont écumé un long chapelet d’actions irrégulières prises par la tutelle, lesquelles empiètent sur leurs fonctions régaliennes.  

A en croire le conseil d’administration, le ministère des Entreprises Publiques a, par exemple, procédé sans son aval, au recrutement des employés ; à la négociation des contrats impliquant la compagnie ; au lancement du processus de restructuration ; et à la gestion unilatérale du budget.

La tension entre les deux parties s’est exacerbée la semaine dernière, lorsque Air Namibia a annoncé, le 29 janvier, avoir trouvé un accord à l’amiable avec les ayants droit du défunt transporteur belge, Challenge Air, pour le paiement d’une dette de 22,7 millions USD. Celle-ci devait être réglée par le Trésor public. Contre toute attente, le même jour, le ministre des finances, Ipumbu Shiimi, a pondu un communiqué où il faisait part des difficultés « du gouvernement en tant qu'actionnaire d'Air Namibia à mettre à disposition un financement adéquat pour financer le nouveau plan de relance ». Air Namibia recherche actuellement 7 milliards de dollars namibiens (470 millions USD) pour soutenir son plan de redressement.

Pour le conseil d’administration, cette sortie médiatique du membre du gouvernement ajoutée à sa passivité sur le dossier Challengair montre clairement que le gouvernement veut une liquidation pure et simple du transporteur. Une position que le conseil regrette car il faudra s’attendre à des « conséquences désastreuses », avertit-il.

Rappelons qu’Air Namibia, qui a pris le relai de Namib Air en 1991 au lendemain de l’indépendance du pays, est déficitaire depuis son lancement. Elle opère une flotte de 10 avions et emploie près de 700 travailleurs. Selon le gouvernement, la compagnie a englué près 564 millions USD au cours de ces 10 derniers années mais sans résultat probant.Air Namibia fonctionne sans PDG de plein droit depuis mars 2019. En juillet de l’an dernier, Theo Mberirua est devenu le troisième PDG par intérim successif.

Romuald Ngueyap

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