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mardi 24 novembre 2020

Burkina Faso : le gouvernement privatise à nouveau Air Burkina qui passe sous le giron américain

© ministère de l’économie du Burkina Faso : (de g. à. d) - Phil Smartt, directeur général de AGD et Lassané Kabore, ministre burkinabè des finances.

Le Burkina Faso a ouvert le capital d’Air Burkina au groupe privé américain AGD qui injectera $452 millions. Son plan d’affaires prévoit, entre autres, de porter la flotte à 12 avions, de desservir l’Europe et d’ouvrir un centre MRO. Air Burkina avait été partiellement privatisée entre 2001 et 2017.

La privatisation d’Air Burkina sera effective à compter de janvier 2021. Le gouvernement burkinabé vient de signer une convention de partenariat avec le groupe américain African Global Development (AGD). L’accord a été paraphé, à Ouagadougou le 20 octobre, entre le ministre burkinabè de l’économie et des finances, Lassané Kabore et Phil Smartt, directeur général du groupe privé américain AGD.

En vertu de cette convention qui ouvre le capital de l’entreprise, « ce sont environ 250 milliards FCFA (452 millions de dollars ) qui seront injectés dans le capital de la compagnie, en vue de renforcer sa flotte », annonce le gouvernement.

« Après la signature de la convention d'acquisition, le processus juridique sera entamé et durera environ deux mois. C'est à l'issue de cette étape, que de nouveaux avions viendront renforcer la flotte d’Air Burkina, qui va passer du régime de société d'Etat à régime de société privée, à partir du 1er janvier 2021 », clarifie le groupe repreneur d’Air Burkina.

Selon des sources proches du dossier, L’État et les privés locaux devraient conserver une participation minoritaire, de 20 %. 

Un inconnu du secteur qui voit grand !

Presque inconnue dans le secteur de l’aviation en Afrique, la société AGD est basée en Floride, aux États-Unis et possède des bureaux à Ouagadougou et à Accra. Le tandem, constitué de Phil Smartt et son directeur des opérations Chandler Cosby, revendique une longue expérience en matière de financement et de conception de projets d’infrastructures de transport (rail, aéroportuaire, gestion de fret, etc.) délivrés sous forme de convention de concession ou de BOT (Built, Operate and Transfert). 

AGD entend densifier la flotte de la compagnie avec une douzaine d’avions dont quatre Airbus A220-300, trois Embraer E145 et trois Cessna Grand Caravan. Selon le planning, le premier A220-300 pourrait être mise en service d’ici le premier trimestre 2021. Le ministre en charge des Transports, Vincent Dabilgou,  n’exclut pas également les appareils ATR pour les dessertes sous-régionales. Air Burkina exploite actuellement trois avions Embraer ( deux E195 et un E175) dont les  frais de location mensuelle s’élèvent  à environ 535 000 dollars.

Avec cette flotte renforcée et adaptée, le groupe américain s’engage à desservir les capitales régionales du Burkina Faso, à étendre le réseau africain et à moyen terme s’ouvrir sur l’Europe. « La position géographique de notre pays est intéressante pour eux [ les repreneurs] , parce que c'est un potentiel qu'ils veulent développer », affirme ministre Dabilgou.

« L’autre volet de convention concerne la construction au Burkina Faso d’un centre de maintenance et d’une académie aéronautique pour la formation des pilotes et mécaniciens d’avions » indique le ministère des finances.


Du déjà vu chez Air Burkina…

Air Burkina n’est pas à sa première expérience d’ouverture de capital aux investisseurs privés. Elle avait été partiellement privatisée en 2001. A ce moment, L’Etat avait transféré 56% de ses actions au Fonds ismaélite Aga Khan pour le développement économique ( AKFED).

Cependant, la détérioration de la situation financière de la compagnie a contraint l’investisseur privé à se retirer.  Air Burkina perd annuellement entre 3 et 3,7 milliards FCFA ( 5,4 et 6,6 millions de dollars).

En mai 2017,le Fonds a cédé ses parts, au franc symbolique, à l’Etat burkinabè. Aux dires de Mahmoud Rajan, le représentant d’AKFED, il s’agissait d’un choix stratégique et volontaire du groupe,  qui voulait réorienter ses activités vers  d’autres secteurs.

Air Burkina reste l’une des plus vielles compagnies aériennes encore en activités en Afrique. Fondée en 1967, elle a perdu au fil des ans ses parts de marché, principalement en raison de la rude concurrence avec l’arrivée des nouveaux compétiteurs régionaux. L’an dernier, son tableau de performances de l'entreprise affichait un chiffre d’affaires de près de 24 milliards de FCFA ( 43 millions de dollars)  pour 185 500 passagers transportés.

 Pour 2020, la compagnie tablait sur un chiffre d’affaires de 26,7 milliards de FCFA (48 millions de dollars).  Un objectif désormais irréalisable en raison de la pandémie de la Covid-19 qui a entrainé la suspension de ses activités entre fin mars et juillet, aggravant au passage sa dette estimée à 23 millions de dollars.

Romuald Ngueyap

Lire aussi : L’Etat burkinabè va allouer une enveloppe de 3,5 milliards de FCFA à Air Burkina

 

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