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mercredi 30 septembre 2020

Sans PDG en pleine crise sanitaire, Tunisair vit des jours troublés

Tunisair s'enfonce encore plus en zone de turbulence, elle qui évolue au rythme des tensions sociales et financières depuis le printemps arabe de 2011. La crise sanitaire du Covid-19 est venu assener un autre coup dur au transporteur. Sans directeur général depuis deux mois, son plan de restructuration semble désormais compromis.

Le 6 juillet dernier, le PDG Elyes Mnakbi, en poste depuis 2017, a été demis de ses fonctions par le ministre du Transport, Mohamed Anouar Maarouf. Ce dernier, lui-même récemment évincé du gouvernement, reprochait à l'ex-patron de Tunisair une mauvaise gouvernance ayant plombé ses finances. En effet, le fleuron national tunisien n'arrive toujours pas à trouver l'équilibre financier.

Une trésorerie dans le rouge

Malgré ses 3,8 millions de passagers transportés et son chiffre d'affaires de 460 millions d'euros réalisé en 2018, la compagnie à la gazelle rouge demeure déficitaire. Cette année-là, elle a vu ses charges financières doubler. Avec la survenue de la crise sanitaire du covid-19, sa trésorerie vacille davantage.

Dans un récent dossier boursier, Tunisair a publié une baisse de 95% de son chiffre d'affaires au cours du deuxième trimestre (pic de la pandémie). Celui s'est établi à 5,89 millions d'euros en raison d'une chute vertigineuse de 97% du trafic passager - elle a transporté 23 100 passagers d'avril à juin. A la mi-2020, l'endettement de la compagnie s'élevait à 302 millions d'euros.

Les soucis financiers de la compagnie budgétivore sont accentués par la réticence de l'Etat actionnaire (à hauteur de 74,42%) à injecter des fonds supplémentaires. Ainsi, en l'absence de liquidités suffisantes (34 millions d'euros au 30 juin 2020), Tunisair évolue avec une flotte limitée, ce qui déteint sur la qualité des services, notamment la ponctualité des vols. Bien avant la crise sanitaire, quinze des vingt-huit avions de la compagnie était cloués au sol, faute de maintenance.

Un plan de relance compromis

L'an dernier, un plan de restructuration avait été élaboré en vue de redresser la compagnie aérienne. Les contours réglementaires sont actuellement en préparation dans un projet de loi. Avec le limogeage du directeur général et en raison de la crise politique au sommet de l'Etat, sa mise en oeuvre est désormais hypothétique.

Ce plan de relance prévoit une recapitalisation de près de 400 millions d'euros, assortie d'une compression importante des effectifs.

En janvier, l'ancien directeur général annonçait un plan de licenciement de 61% du personnel de la compagnie, l'objectif étant de retrouver les proportions d'avant 2011. Car au 31 décembre 2019, Tunisair (hors filiales) employait 3 708 travailleurs pour une flotte de 28 avions. Le sureffectif s'explique en grande partie par le recrutement, pour des raisons de paix sociale au lendemain de la révolution, d'un millier de travailleurs - pour la plupart des bagagistes.

Conformément à ce plan, Tunisair envisageait également de rajeunir sa flotte dont la moyenne d'âge avoisine dix-huit ans. Mais, crise oblige, des négociations ont été initiées pour le report des livraisons avec le loueur irlandais SMBC Aviation Capital, avec lequel elle avait conclu en décembre un contrat de « sale and leaseback » pour cinq Airbus A320neo, dont trois devaient initialement arriver en 2021 et les deux autres en 2022.

Des perspectives au plus bas

Depuis quelques semaines, Tunisair a repris ses vols internationaux. Fortement dépendante du flux des touristes venant d'Europe, elle draine 45% de son trafic sur les liaisons aériennes avec la France.
Malheureusement, la situation à court terme ne va guère s'arranger pour la compagnie nationale. Le gouvernement a récemment placé la France, la Belgique et l'Islande en zone orange en raison de l'évolution de leur situation sanitaire, mais est aussi confronté à la hausse des cas en Tunisie. Depuis le 15 août 2020, tous les passagers arrivant dans les aéroports tunisiens en provenance de ces trois pays doivent présenter un test PCR négatif réalisé au plus tôt 72 heures avant le voyage, et sont soumis à une auto-quarantaine d'une semaine.

Dans tout les cas, cette nouvelle contrainte de voyage n'est pas de nature à encourager les visiteurs et touristes déjà frileux. Selon les dernières estimations de la Banque centrale tunisienne (BCT), le pays du jasmin a perdu 1,9 million de visiteurs au cours du deuxième trimestre 2020, comparé à la même période de l'année écoulée.

L'IATA prévoit une chute de 54% du trafic aérien en Afrique en 2020. Elle évalue à 35 milliards de dollars le manque à gagner sur le continent pour le secteur, l'un des plus touchés par la pandémie. L'organisation, qui regroupe plus de 290 compagnies aériennes, ne prévoit pas de retour du trafic aux niveaux de 2019 avant 2024.




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