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mardi 27 octobre 2020

Tribune libre| Madagascar : Et si le pays des lémuriens devenait le pont de connexion privilégié entre l’Amérique du Sud et l’Asie ?

Par Juan Manuel Martorell|Consultant en développement et transport

Depuis mon enfance, Madagascar est l'un des endroits du monde qui me font rêver, comme la Patagonie, l'Amazonie, la Chine et les iles "exotiques" de l'Océan Indien.

Je suis persuadé que cette émotion est partagée par des millions de personnes autour du globe qui se hâteraient de connaitre cet exceptionnel pays des lémuriens ; porte ouest de l'Afrique pour les asiatiques et  porte est de l'Asie pour les sud-américains.

Je suis persuadé du potentiel de Madagascar en tant que pont et connexion entre les 440 millions d'habitants d'Amérique du Sud et les 3 milliards d’habitants d'Extrême Orient et le Sud-est d'Asie.

Je suis également convaincu des énormes bénéfices en termes économiques et de développement que certaines simples décisions politiques pourraient entraîner pour toute la nation malgache.

Actuellement, la Chine est le principal partenaire commercial de la plupart des 13 pays de l'Amérique du sud, ce qui conduit à plus de voyages d'affaires entre les deux régions chaque année, malgré la distance et le coût. Les relations diplomatiques entre ces deux régions du monde sont solides et tendent à davantage se consolider.

Les communautés chinoises en l'Amérique du Sud ne sont pas négligeables et les voyages pour visiter des familiers et amis augmentent au fil des ans ; La Chine est devenue le premier fournisseur mondial de touristes.

La pénibilité à rallier ces deux antipodes

Voyager entre ces deux parties du globe est reconnu fatigant psychologiquement et physiquement. On parle ici des vols intercontinentaux d’au moins 12 heures  pour connecter l'Amérique du sud et l’Asie,  deux régions situées aux antipodes du globe. En prenant en compte les routes actuelles et les détournements irrationnels, ces voyages paraissent presque insupportables.

Voici le parcours que j'aurais dû faire cet été entre Jujuy (Argentine) et Changsha (Chine) partant le 5 janvier, rentrant le 12 du même mois. J'ai eu deux options:

La plus économique : Pour « seulement » 3533€, il fallait compter 49h35 à Aller et  56h35 au Retour.

 Jujuy - Buenos Aires avec Aerolíneas Argentinas (puis  changement d'aéroport dans la même ville) ;  Buenos Aires- Londres, Norvegian ; Londres- Shanghai, Air China ;  Shanghai- Changsha avec Eastern China pour finalement atteindre ma destination finale où j'arrive épuisé, physiquement et moralement. Ainsi je devais arriver le 8 janvier à midi après presque 3 jours de voyage.

Le retour est une autre paire de manche. Cette fois, il faut compter 7 heures supplémentaires et 4 arrêts. Changsha- Shanghai avec Shanghai Airlines( puis changement d'aéroport de Hongqiao par Pudong) ; Pudong- Doha, Qatar Airways ; Doha- Sao Paulo, Qatar Airways ( 1h10 d’escale sans sortir de l’avion) ; Sao Paulo-Buenos Aires, Qatar Airways ; et Buenos Aires- Jujuy, cette fois ci avec Aerolíneas Argentinas.

Ceux parmi vous qui croyaient qu'un simple vol intercontinental de 12 heures peut être lassant, peuvent imaginer cette torture pour quelqu'un de 1m85 en classe touristique…sourires !

Mais heureusement il y a une autre option plus rapide :

Pour 4694€… pas à la portée du voyageur lambda

Encore 4 compagnies aériennes, 3 arrêts, avec changement d'aéroport dans une ville ; 5 aéroports en total et 38h30 de voyage partant dimanche arrivant mardi.

Retour, encore 4 vols de différentes compagnies, 5 aéroports, mais grâce à la rotation de la terre malgré les 44h45 du voyage le calendrier change d'un seul jour.

En business 20.857€...

Et si le détour par Madagascar était la meilleure option

 Voici l’opportunité de Madagascar, à 10 heures de vol de la  Chine, et à 10 heures de vol de l’Amérique du sud. C’est une aubaine pour rallier l’Inde, le Vietnam, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, la Malaisie…Il s’agit en effet de toute l'Asie de l'Est, du Sud-est, du sous-continent indien, et des iles de l'Océan Indien.

De la même façon que Londres est le hub pour la redistribution des vols entre les Etats Unis et Europe, les Emirats le sont pour les vols entre l’Asie et Europe.

Ainsi Madagascar pourrait également être un super connecteur entre l'Asie et l’Amérique du Sud. Le pays en tirerait d’énormes avantages économico-sociales.  Et cela avec une politique de cout zéro.

Il suffit d'octroyer unilatéralement des droits de vol de cinquième, sixième et huitième liberté à toutes les compagnies aériennes de l'Amérique du Sud, de l'est et sud-ouest de l'Asie ainsi qu'à celles du sous-continent indien.

La 5e liberté c'est le  « droit accordé par un Etat à un autre Etat  de débarquer et d'embarquer, dans le territoire du premier État, du trafic en provenance ou à destination d'un État tiers » ;  la 6e liberté c'est le  « droit de transporter, en passant par l'État dont le transporteur a la nationalité, du trafic entre deux autres États » et la 8e  liberté c'est le «  droit de transporter du trafic de cabotage entre deux points situés à l'intérieur du territoire de l'État qui accorde le droit ou privilège au moyen d'un service qui commence ou se termine dans le territoire de l'État dont le transporteur étranger a la nationalité ».

De cette manière,  Madagascar, avec une politique de taxation bénévole et un aéroport international dont les charges opérationnelles sont basses, deviendrait le point de connexion incontesté des voyages entre l'actuel centre du monde (Asie) et le nouveau monde (Amérique du Sud).

Afin de multiplier les bénéfices escomptés, il faut mener parallèlement une politique de libéralisation des routes avec la promotion active des accords de ciels-ouverts avec autant des pays que possible.

A coté  de cela, il faille également promouvoir le développement des compagnies aériennes malgaches de capitaux privés sans seuil de participation actionnariale locale.

Tout ceci aura pour effet de contribuer à drainer des devises fortes dans l’économie et à créer nombre de nouveaux emplois aussi dans le secteur de la gestion d’entreprises.  

Oui la Grande Île peut devenir le centre de ce juteux flux de trafic 

De nos jours des avions modernes peuvent voler 19 heures en continue, mais la limite c'est le corps humain et cette quantité d'heures avec les conditions de l'intérieur des cabines est seulement réservée à ceux capables financièrement de voyager en classe business ou première. Ce modèle de transport ne deviendra pas massif ni populaire.

Les connexions entre l’Amérique du Sud et l’Asie (24heures de vol entre Buenos Aires et Beijing) se feront toujours avec des escales (avec ou sans stop over). Madagascar de par sa position géographique apparaît indiscutablement comme l’arrêt obligatoire idéal.

Le voyage bout à bout étant long, la plupart de passagers n'hésiteront pas à faire un stop over à Madagascar pour admirer sa richesse naturelle et culturelle et se relaxer dans ses plages exotiques.

Avec cette nouvelle centralité que prendra Madagascar dans la carte de transport aérien mondiale, on s’attend à l’augmentation des destinations à partir d’Ivato et à la baisse des prix des transports aériens.  Le trafic induit, connaîtra également une stimulation du fait de l'attractivité du pays.

Evidement ces avantages ne pourront être possibles que si le pays adopte une politique de « sans visa » pour la plupart des nationalités qui pourraient séjourner sur l’Ile pour un motif touristique, éducatif ou coopératif.

Aujourd'hui la plupart des asiatiques et nombreuses nationalités sud-américaines ont besoin de deux visas pour faire le trajet ; une pour le stop over en Europe ou aux Etats Unis, l'autre pour la destination finale. Le cout c'est d'environ 400€ et souvent il faut perdre du temps et se déplacer pour les démarches administratives car les consulats sont seulement dans des grandes villes.

Les retombées économiques sont presque infinies…

Une fois Madagascar devenue passerelle privilégiée entre l’Amérique du Sud et l’Asie, son économie va significativement être boostée.

La construction et exploitation d'hôtels, resorts, le tourisme d'affaires, les expositions et congrès, la maintenance des avions, le service de catering… apporteront un flux monétaire et d'investissements inestimables. Le potentiel dynamiseur pour le développement de Madagascar d'une telle politique aéroportuaire ne peut pas être ignoré.

Non négligeable est aussi le potentiel de cette nouvelle connectivité pour l'exportation de fruits exotiques et de tout type de biens par avion et à prix compétitifs.

Une fois que ces droits octroyés à des compagnies aériennes étrangères et les premiers accords de ciels-ouverts signés, la concurrence entre les différentes compagnies pour desservir les routes sera considérable ; ce qui emmènera les autres pays et compagnies aériennes à suivre le même chemin pour ne pas perdre des passagers actuels (aujourd’hui transitant vers l’Europe et les Etats Unis).

Singapour reçoit autour de 20 millions de touristes par an. A travers un seul des aéroports de Londres, Heathrow, 24.000.000 de passagers y passent en transit.

Étant étranger et rêvant de Madagascar depuis mon enfance, il m’est complètement inconcevable que Madagascar ait seulement autour de 300.000 touristes par an et que la plupart de chaînes hôtelières du monde y soient absentes.

Encore d’autres avantages…

Une fois la nouvelle centralité de Madagascar témoignée, un partenariat public-privé sous le modèle design/build/finance/operate/maintain pourrait se faire pour la construction d'un deuxième aéroport international dans la pointe Nord du pays à l'est d'Ambilobe, afin de servir comme pont entre l’Asie et l’Amérique latine mais aussi pour développer l'écotourisme de plage et paysages sachant que l'or de Madagascar c'est son patrimoine naturel.

Dans ce type de contrat c'est l’Etat qui identifie le besoin d’infrastructure, qui propose une solution, et qui devient à la fin le propriétaire ; mais c'est le privé qui à son propre risque fait de design du projet, assure le financement, sa construction et l'opération et maintenance tout en recevant en contrepartie un paiement des usagers du service qu'il gère. Zéro coût pour l'Etat malgache.

Je suis confiant qu'une fois que l'écotourisme se développera de façon plus importante à Madagascar, ses bénéfices se répartiront dans toute la société.  Comme dit Xi Jinping, le président chinois que « les eaux limpides et les montagnes luxuriantes sont aussi précieuses que l'or et l'argent ».

L’Etat fera donc sien le défi de construire un Madagascar plus propre, plus prospère, et encore plus beau ; avec plus de richesses matérielles, plus de parcs naturels et espèces protégées, plus de sensibilité sociale pour la nature dans la voie du développement durable car l'or de Madagascar c'est son vert.

 

 

 

 

 

 

 

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