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dimanche 07 juin 2020

Quelles perspectives pour les transports aériens en Afrique en 2020 ?

Pour l'industrie du transport aérien en Afrique, 2019 s'est terminée sur un bilan mitigé. Alors que le trafic aérien, passager comme fret, a continué d'augmenter, les compagnies aériennes ont fait face à divers défis opérationnels, qui ont plombé leur performance. Selon les dernières projections de l'IATA, les transporteurs africains devraient enregistrer une perte collective de 200 millions de dollars en 2019, la même tendance devant se poursuivre en 2020.

D'après l'AFRAA, les compagnies aériennes qui évoluent dans un contexte économique incertain, continuent, en effet, de subir le poids élevé des taxes et redevances ainsi que le surcoût d'un carburant 35% plus cher que la moyenne mondiale.

Moins compétitives dans ce contexte, elles enregistrent des taux remplissage relativement faibles, ceci étant accentué par un marché africain extrêmement fragmenté et inefficacement desservi  du fait de l'absence, jusqu'à présent, d'un Marché unique du transport aérien africain (MUTAA).

Cette situation a eu pour conséquence la suspension des opérations de plusieurs transporteurs en 2019 notamment Fastjet Zimbabwe, Sonair en Angola, Medview au Nigeria ; l’interruption épisodique des services chez d’autres à l’instar de Camair-Co ou Trans Air Congo ; et la mise en œuvre  urgente des plans de relance.

Le contexte étant similaire cette année, le secteur des transports aériens continuera de subir des pertes et certaines compagnies pourraient se trouver au seuil de la faillite. L’industrie africaine restera donc très attentive sur l’évolution des plans de restructuration chez les opérateurs tel que Tunisair, South African Airways, Kenya Airways ou encore Air Zimbabwe.

2020, une année de croissance en flotte, en réseau et en genre

Parallèlement, 2020 s’apparente aussi  à une année d’émergence de nouveaux transporteurs et d’expansion internationale pour d’autres compagnies. Le Ghana, la Zambie, le Nigeria, ont annoncé le lancement imminent de leur transporteur national.  Rwandair, Air Sénégal, Air Tanzania, ou encore Uganda Airlines (lancée en 2019), qui misent maintenant sur les avions long-courriers, iront vers de nouvelles niches de marché à l’international, notamment vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique.

Coté flotte justement, on s’attend à plus d’avions modernes, compétitifs et soucieux de l’environnement. Les récentes commandes et intentions d’achat annoncées au Dubaï Air Show, en novembre dernier, témoignent des ambitions des transporteurs africains.

L’Embraer E195-E2 fera son entrée en Afrique d’ici le deuxième trimestre 2020, Air Peace devenant la première compagnie de lancement des E-Jets E2 sur le continent. Ethiopian Airlines et Egyptair vont poursuivre la consolidation de leur flotte. Respectivement première et deuxième compagnie africaine en matière de flotte, elles ont réceptionné au moins un avion par moi en moyenne en 2019. Ethiopian Airlines pourrait enregistrer un nouveau record en 2020 en matière de performances opérationnelles.

Dans une dynamique d’arrimage à la tendance mondiale, 2020 va voir l’adhésion de nouvelles compagnies africaines à la campagne « 25by2025 ». Initiée l’année dernière par l’IATA, cette campagne prône l’augmentation du nombre de femmes  dans les postes de direction des transporteurs aériens de 25% par rapport aux effectifs actuels, ou à une représentation minimale de 25% d'ici 2025. 59 compagnies aériennes ont déjà adhéré à cette campagne dont deux africaines, à savoir TAAG Angola et Air Botswana.


En 2020, la certification et la sécurité seront au centre des opérations aériennes

L’obtention et le renouvellement des certifications IOSA ou   IATA Standard Safety Assessment (ISSA)- pour les plus petites compagnies- seront également au cœur des préoccupations des compagnies aériennes.

Dans une aviation civile africaine attrayante et plus que compétitive, les gestionnaires aéroportuaires ne seront pas en reste. En 2020, la modernisation des aéroports va se poursuivre, les certifications aussi. La tendance sera plus portée vers la réhabilitation des aéroports internationaux, dans la perspective de la consolidation des hubs aériens, mais également vers la mise à niveau des aeroports secondaires et domestiques dans l’optique du désenclavement durable de l’arrière-pays.

Conformément aux prévisions de l’OACI, le trafic passager en Afrique devrait augmenter de 4,3 % par an ( 3,9% pour le trafic fret) jusqu’en 2045. Ainsi, le ciel africain va continuer à  se « charger » en 2020. Les fournisseurs de services aériens ont pris la pleine mesure de cette tendance haussière qui implique plus de sécurité.

 Depuis le 1 janvier 2020, l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) a déployé la technologie par satellites ADS-B  de l’américain Aireon  pour la surveillance de ses six régions d'information de vol (FIR) qui couvrent 17 pays africains. C’est une première africaine.Dans d’autres parties de continent, l’acquisition de nouveaux systèmes ATS ( radars, systèmes d’aides à l’atterrissage…) seront aussi au rendez-vous.

2020, des avancées attendues dans la levée des frontières aériennes et terrestres

 Les institutionnels, propulseurs de la dynamique politique, ne resteront pas en marge. En 2020, on s’attend à des avancées significatives dans l’opérationnalisation du MUTAA notamment avec l’adhésion de nouveau membres sous l’impulsion de la commission africaine de l’aviation civile (CAFAC). Il s’agit d’un gage pour la compétitivité des compagnies aériennes du continent face à l’agressivité des transporteurs étrangers.

À ce jour, 28 pays, qui représentent plus de 80 % du marché de l'aviation en Afrique, ont adhéré au MUTAA. Parmi ceux-ci, 18 pays ont déjà signé le protocole d’application. L’Union Africaine vise près de 40 pays adhérents en 2020. La Zone le Libre Echange Continentale (ZLECA) et le protocole le libre mouvement des personnes connaitront aussi des évolutions en cette année, quoique marginales.

Globalement, 2020 devrait être une année dynamique pour le transport aérien. Même si les faillites seront toujours au rendez-vous, elle pourrait démontrer la volonté africaine de s'affirmer en tant que futur pôle de croissance de l'aviation mondiale. Toutefois, la réalisation de cette volonté sera étroitement liée à la stabilité économique et politique du continent en 2020. L'Afrique a besoin de paix pour qu'émerge une aviation civile compétitive, qui soutient actuellement une activité économique de 55,8 milliards de dollars et 6,8 millions d'emplois.

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